Lundi 2 février 2009
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23:00
Sophie Morris du quotidien anglais The Independent, nous rapporte une incroyable description de
l'imbroglio islandais. Les pubs sont pleins le week-end, mais tous les habitants, riches ou pauvres, sont ruinés. Au programme, une
révolution démocratique pour imposer une enquête sur la responsabilité des hommes politiques et une nouvelle constitution.
La démission du gouvernement, le 26
janvier, est le résultat d’une pression populaire de plus en plus forte depuis la quasi-faillite de l’île à l’automne dernier. Car les citoyens ne cachent plus leur colère et leur
désespoir.
De Reykjavík
Il y a encore quelques années, l’Islande pouvait être fière de sa réussite. Ses affaires étaient florissantes, ses habitants
vivaient dans l’abondance et la capitale Reykjavík était devenue une destination touristique en vue. Rares sont ceux à avoir envisagé que leur fulgurante ascension financière pourrait se solder
par une chute tout aussi spectaculaire.
En octobre 2008, les trois principales banques islandaises ont été nationalisées puis déclarées en faillite. Du jour au
lendemain, les Islandais – et ils étaient nombreux – qui roulaient en gros 4 x 4 et avaient investi dans l’immobilier de luxe en contractant un emprunt auprès d’une banque étrangère ont vu la
valeur de leurs biens s’effondrer, tandis que leurs mensualités grimpaient en flèche.
Les Islandais plus parcimonieux ont été également durement touchés. Des milliers de travailleurs proches de la retraite qui
avaient investi leurs économies dans des actions auprès des banques Landbanki, Glitnir et Kaupthing, ont tout perdu. Les prix de l’alimentation et de l’essence ne cessent d’augmenter et,
avec des taux d’intérêt proches des 20 %, même les prêts plus modestes deviennent impossibles à honorer.
“Nous avons l’impression d’avoir été incapables de gérer nos affaires”, estime Hallgrímur
Helgason, l’un des plus célèbres romanciers de l’île. “Nous avons été livrés à nous-mêmes pendant des années et nous sommes allés trop loin, trop vite, en trop peu de temps. A présent, nous
sommes ruinés, et nous avons plus de dettes que nous ne pouvons en rembourser. Nous sommes comme des enfants dont les parents se sont absentés pour le week-end et qui ont saccagé la
maison.”
Comment cela se traduit-il pour le citoyen ordinaire d’un pays dont les caisses sont vides ? Parle-t-on de soupes populaires,
de foyers d’hébergement et de mendicité ? Loin de là. Les rues de la capitale sont propres et les gens sont toujours aussi hospitaliers et charmants. Le vendredi et samedi soir, de nombreux bars
et clubs font le plein. Et, à en juger par l’état d’ébriété de la plupart des gens, ils continuent à dépenser de l’argent.
Les problèmes de l’Islande se sont cristallisés lors des événements tumultueux de la semaine dernière. Depuis le mois
d’octobre, immédiatement après l’effondrement de l’économie, des manifestations pacifiques ont été organisées sur la place principale de Reykjavík, devant l’Althing, le Parlement. Et, les 20 et
21 janvier, ces manifestations se sont transformées en émeutes. Des projectiles ont été lancés sur la police et sur le Parlement. Les fenêtres de l’Althing ont été brisées et des feux allumés.
Plus de 130 manifestants ont dû être soignés à cause des gaz lacrymogènes utilisés par la police pour disperser la foule et un policier a été gravement blessé.
Le 23 janvier, Hördhur Torfason, militant des droits de l’homme et l’un des organisateurs de la manifestation, a raconté une
anecdote épouvantable pour illustrer le sentiment de désespoir de ses compatriotes. Il avait reçu un coup de téléphone d’un homme qui lui avait raconté que les quatre générations de sa famille
avaient tout perdu. “Il voulait que je les aide à construire une potence devant le Parlement”, raconte Torfason. “Je lui ai demandé si c’était censé être symbolique. Il a répondu : ‘Non. Un
membre de ma famille a l’intention de se pendre en public.’ Je lui ai dit que j’étais prêt à les aider, mais pas de cette manière”, poursuit Torfason. “Mais cette personne s’est suicidée le
surlendemain.”
Davantage de gens vont à l’église pour trouver un réconfort spirituel mais aussi parce qu’on peut s’y procurer des denrées
alimentaires pour une somme modique. Les soupes populaires ne sont pas à l’ordre du jour. “Les gens auraient honte de faire la queue dans la rue pour avoir à manger”, explique Thór Gíslason, de
la Croix-Rouge. “Nous comptons plutôt organiser des activités et du bénévolat où les gens pourraient partager un repas.”
Pour les Islandais, la cupidité, la corruption des politiques et l’absence de réglementation sont à l’origine de ce chaos, mais
la plupart des gens savent qu’ils portent leur part de responsabilité. “Je me sens responsable”, admet l’écrivain Helgason. “Nous admirions l’impudence de ces ‘nouveaux Vikings’ et nous nous
sommes tous laissés berner. Nous sommes une société jeune et immature.”
Aujourd’hui, ils veulent la dissolution du Parlement, une nouvelle Constitution et une enquête sur la responsabilité des hommes politiques. “Tout le
monde ou presque est ruiné”, explique l’un des organisateurs des manifestations, Magnús Björn Ólafsson. “C’est une révolution, et nous voulons rédiger une nouvelle Constitution comme l’ont fait
jadis les Français.”
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